Homélie – Dimanche 16 mai 2021

   Dans la perspective de Jésus, il était important qu’il y ait douze témoins officiels de sa parole et de ses actes, ils devaient symboliser le rassemblement de douze tribus d’Israël, c’est à dire le peuple tout entier de ceux qui ont reçu l’évangile. C’est pourquoi, après l’Ascension, les disciples réunis veillent au remplacement du traître, Judas. En présidant l’assemblée qui doit choisir un remplaçant à Judas, Pierre exerce pour la première fois la mission que Jésus lui a confiée, celle du chef du collège de douze apôtres. Le choix du nouvel apôtre ne se fait pas par élection, mais par appel à l’Esprit Saint. Ainsi l’Eglise ne saurait être un groupe humain quelconque. Elle est conduite par l’Esprit-Saint pour transmettre l’évangile.

   Cependant pour rejoindre le collège des apôtres, il y a des conditions humaines : « Avoir fréquenté le Christ durant le temps où Il a vécu parmi ses disciples, depuis le commencement, lors de son baptême par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès d’eux ».  Sans avoir fréquenté le Christ, peut-on être l’apôtre de son évangile ?

   Dans l’évangile, il y a comme une situation tendue à l’arrière-plan. Pourquoi avant son ascension, Jésus adresse-t-il à son Père, cette ultime prière, appelée prière sacerdotale ? Jésus se pose la question suivante : après son départ, comment vivront ses disciples ? Dans un monde étranger à la foi, hostile aux exigences du message évangélique, comment vont se situer les futures communautés chrétiennes ?

   Ce problème renvoie à celui qu’il a eu à affronter lui-même : la rivalité entre Lui et ses adversaires pharisiens et docteurs de la loi. Alors, pour affronter ce monde-là, Jésus leur recommande de vivre dans l’unité (qu’ils soient un) : Unité des disciples entre eux, unité de ceux-ci avec le Christ (je les garde dans la fidélité, qu’ils aient en plénitude ma joie). Cette unité prend sa source dans l’unité de Jésus avec le Père (encore l’image de la vigne et des sarments).

   C’est à partir de cette insertion dans ce courant des relations que les disciples, les chrétiens, peuvent aller de l’avant. Cela leur permet de ne pas se retirer de ce monde, même si celui-ci est parfois hostile. Il y a un combat avec les forces du mal, contre lesquelles Jésus a lutté. Ses disciples devront le poursuivre.
Ils n’échapperont pas à la difficulté. Non seulement, Jésus ne les retire pas du monde, mais il les y envoie : ils ont un rôle à y jouer. Témoignant de la vérité par leur attitude/leur vie, ceux qui seront attachés à Jésus seront consacrés dans la vérité. Et cette vérité n’est pas connaissance abstraite, mais elle est capacité de communiquer en profondeur par l’amour. Il s’agit de faire rayonner cette vérité en manifestant aux yeux de tous qu’elle est plus forte que la haine que leur voue le monde.

    La 2ème lecture va en ce sens ; elle revient sur le thème de l’amour, développé lors de deux derniers dimanches. Voici l’évidence pour Jean : Dieu nous aime, il nous l’a prouvé en son Fils. Par conséquent, l’amour que nous portons effectivement à nos frères et sœurs est le seul critère qui permette de croire à l’authenticité de notre amour pour Dieu : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons, Dieu demeure en nous, et en nous son amour atteint la perfectio Dieu est amour. Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. »

Père Claude Nzas